Le Biceps

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Vivre avec une personne en souffrance psychique durable ou passagère est une situation difficile et déstabilisante pour tout l’entourage familial. Grandir dans un contexte marqué par les crises et les débordements, c’est bien souvent rencontrer l’insécurité, l’impuissance et l’incompréhension.

C’est ainsi que le Biceps a été créé en 2001, dans un but préventif, afin d’informer et aider les jeunes confrontés à ce type de situation. C’est un service du Bureau Central d’Aide Sociale, fondation de droit privé établie à Genève. Nous recevons des jeunes de 7 à 25 ans dont un parent souffre d’un trouble psychique, qu’il soit diagnostiqué ou non. Nous proposons des suivis individuels, de fratrie, parent/enfant, de groupe, et de famille. Nos prestations sont adaptées aux demandes et besoins des familles. Cela va de quelques rencontres à visée informative sur la maladie psychique, jusqu’au suivi psychologique à court-moyen terme. Nos prestations sont offertes.

Les experts estiment qu’au moins 300 000 enfants et adolescents sont exposés au trouble psychique d’un parent en Suisse. Ces jeunes peuvent :

  • Avoir des questions qui leur trottent dans la tête,
  • Se sentir responsable du mal-être de leur parent,
  • Avoir l’impression d’être seuls à vivre cette situation,
  • Prendre le rôle de soignant ou de parent au détriment de leur vie d’enfant,
  • Laisser leurs besoins de côté,
  • Avoir peur du jugement des autres,
  • Craindre de développer eux-mêmes un trouble psychique,
  • Éprouver de la colère voire de la rage,
  • Ressentir de l’inquiétude face à l’état instable et à la souffrance de leur parent,

…et tellement d’autres choses encore. Leurs sentiments deviennent confus, mêlant peur, tristesse, colère, honte, amour etc. Leurs incertitudes et leurs questionnements concernant leur parent génèrent des émotions aussi difficiles à vivre qu’à exprimer, à l’image d’Ana * 8 ans.

Lorsque nous la rencontrons, son père vient d’être hospitalisé pour la première fois et le diagnostic de schizophrénie a été posé. Cette hospitalisation a été un gros choc pour Ana, voir son père à l’hôpital a été très douloureux et traumatisant. Nous avons reçu Ana avec sa maman et seule afin de parler de la maladie, de ses craintes, de ses émotions et de l’hospitalisation. Puis nous lui avons proposé de participer au groupe enfant où elle a pu exprimer les émotions qui l’habitent.

Ces jeunes ont besoin d’être soutenus et de trouver des réponses réalistes à leurs questions, pour reprendre confiance dans une situation bien souvent angoissante et déstabilisante. Il est important qu’ils aient un lieu où ils peuvent exprimer sans tabou des sentiments flous, culpabilisants ou difficile à identifier. Ils doivent savoir qu’ils ne sont pas seuls dans ce genre de situation : partager sort de l’isolement.

Quand Roméo* est venu pour la première fois au Biceps, sur la demande de sa conseillère sociale, il avait 21 ans, vivait seul avec sa mère. Sa mère a un diagnostic de dépression depuis 10 ans. Elle n’a pas de famille à Genève et peu d’amis, son fils est son seul soutien. Roméo a beaucoup d’amis avec qui il sort, fait du foot et passe des bons moments. C’est le bout en train de sa bande de copain mais il n’a jamais dit à ses amis que sa mère présente une dépression.  Se pensant seul à vivre une telle situation, ayant honte de l’état de sa mère, il n’a pas osé en parler à ses amis. Suite à nos rencontres, il va leur en parler et découvrir qu’un de ses amis vit une situation similaire. Ses amis ont accueilli ses confidences avec bienveillance et il peut désormais trouver du soutien auprès d’eux lorsqu’il en a besoin. 

Le Biceps
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Notre travail auprès des enfants consiste, non seulement, à mettre des mots sur les troubles psychiques mais également à les aider à vivre au mieux avec ce parent qui parfois est inaccessible, car retranché dans sa souffrance et parfois parfaitement en lien avec son enfant. Leur apprendre à naviguer sans avoir des craintes de se perdre eux-mêmes comme se fut le cas pour Lidia *.

Elle a 17 ans et vit avec son père, sa belle-mère et son petit frère de 14 ans. Les parents sont divorcés depuis 7 ans et la mère présente des troubles bipolaires depuis longtemps. Quand nous la recevons pour la première fois elle raconte que sa mère ne va pas bien depuis deux mois. Elle pensait qu’elle était enfin stabilisée mais son état a commencé à se dégrader. Elle a souvent vu sa mère dans des phases maniaques et dépressive. Sa mère a également été hospitalisée à plusieurs reprises. Elle a toujours su que sa mère n’était pas comme les autres mais n’a pas toujours compris ce qui arrivait. Au cours de son suivi au Biceps, nous avons travaillé avec Lidia sur sa représentation de la maladie, ses comportements avec sa mère selon ses variations d’humeur, son sentiment de culpabilité et de responsabilité. Maintenant Lidia arrive à prendre de la distance quand c’est nécessaire, elle arrive également à dire à sa mère ce qu’elle ressent, elle craint moins de dire ou faire quelque chose qui précipiterait une rechute de sa mère. Elle apprend à s’écouter et à faire des activités pour elle et avec sa mère sans devenir le parent de son parent.

Afin de pouvoir faciliter la parole qui parfois est difficile à venir ou à exprimer nous avons, en 2015, écrit un livre intitulé « Les mille et une familles ». Nous l’avons écrit en partant du constat qu’il n’existait que peu d’ouvrages à l’usage des jeunes et des professionnels abordant le thème du trouble psychique d’un parent et de son impact sur l’entourage. Pour créer ce livre, nous sommes partis de paroles d’enfants recueillies et avons ensuite imaginé des situations qui ont été illustrées et interprétées par Mme Sylvie Wibaut. Ce livre a été conçu comme un support de parole et il est diffusé gratuitement auprès des familles et des professionnels du réseau qui peuvent l’utiliser judicieusement. Nous encourageons une lecture accompagnée auprès des enfants. Le contenu de ce livre peut susciter des questions et des réflexions qui représentent une opportunité de dialoguer avec eux sur ce thème sensible.

 

*prénoms d’emprunt

 

 

Le Biceps, un service du Bureau Central d’Aide Social, 3 place de la Taconnerie, 1204 Genève, www.lebiceps.ch 022 310 33 2

 

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